Les grandes transhumances des chameliers du Tchad
Mahamat Ismaïl séjourne dans le département du Chari, au sud de N’Djamena, la capitale du Tchad, pendant la plus grande partie de la saison sèche. Il vit avec sa femme et ses enfants dans un campement installé sur des terres agricoles avec l‘accord des communautés sédentaires de la zone, qui apprécient que les animaux y apportent de la fumure. Son troupeau est constitué de dromadaires, chèvres et moutons qui profitent de la proximité du fleuve Chari et des zones de parcours environnants.
Interview de Mahamat Ismaïl
Mahamat Ismaïl, chamelier sur les routes du Chari
En début de saison des pluies, au moment où le champ sur lequel le campement est installé doit être mis en culture, Mahamat Ismaïl et sa famille partent vers le nord, en direction du Kanem et de la province du Lac. Toute la famille effectue cette transhumance de 200 à 300 kilomètres.
« L’homme nomade n’a pas de pays. À cette époque, durant l’été, la population fait face à de grandes difficultés, notamment à la sécheresse. »
Cette remontée vers le Nord permet d’échapper aux difficultés de mouvement du troupeau dues à la mise en culture des champs, et d’accéder aux parcours sahéliens redevenus verts pour deux ou trois mois, loin des zones agricoles.
« L’élevage, notre seule richesse »
Leur troupeau est dominé par les dromadaires, animaux centraux du mode de vie des Ouled Rachid. Autour, gravitent des chèvres, des moutons, et parfois quelques bovins. Ces animaux soutiennent l’économie domestique : lait pour la famille, viande et bêtes vendues au marché, petits revenus liés à la traite ou au commerce saisonnier.
« Nos animaux sont notre seule richesse ce que nous avons hérité de nos pères et de nos grands-pères. »
Chaque année, la famille parcourt près de 1 500 km :
- environ 500 km entre Chari, Kanem et région du Lac durant l’hivernage,
- puis jusqu’à 1 000 km vers le Moyen Chari, où seuls les dromadaires descendent pendant la saison sèche pour traverser les savanes arborées du Sud tchadien.
Les effets du changement climatique
La trajectoire de Mahamat suit les contraintes de l’environnement : sécheresse, manque de pâturage, maladies animales, pression foncière croissante. Les terres autour de Mandelia se sont rétrécies, disputées entre agriculture pluviale, zones de culture irriguée et passages de troupeaux.
« le travail de la transhumance est devenu très compliqué à cause des problèmes de climat, du manque d’eau et de nourriture pour les animaux. Nous avons persévéré, mais la génération d’aujourd’hui est différente. »
Après trois ou quatre mois, lorsque les parcours du nord sont devenus trop pauvres et les mares trop sèches pour que le troupeau puisse en vivre, la famille redescend dans la zone plus humide du Chari.
L’amour du mode de vie
Pourtant, malgré ces difficultés, Mohammed décrit avec fierté la beauté de sa vie pastorale :
les veaux de chamelles qui naissent en saison des pluies, l’odeur de l’herbe fraîche, la sensation de liberté en marchant au lever du jour, le lait partagé pendant que les enfants jouent autour du campement.
« Quand l’herbe est verte et que les animaux sont paisibles, mon cœur est en paix. »
Comme beaucoup de groupes Ouled Rachid installés dans le Chari depuis les années 1980, la famille de Mohammed porte également la mémoire des migrations forcées par les conflits du Batha et du centre du pays. Aujourd’hui encore, cette histoire façonne leur parcours et leur manière de circuler entre les régions.
Transhumance immersive en 360°
La transhumance des dromadaires de Mohamed Ismaïl a été filmée en juin 2025
Diaporama photographique de la transhumance
L’institut de recherche en élevage pour le développement (IRED)
L’Institut de Recherche en Élevage pour le Développement (IRED), basé à N’Djamena, est un acteur scientifique majeur en Afrique centrale. Ses travaux sur la santé animale, les systèmes pastoraux et les dynamiques d’élevage ont été essentiels pour documenter, dans Transhumances 360°, les réalités des pasteurs du canton de Mandelia.
Le film s’appuie également sur le projet FEF « renforcement des capacités de l’IRED en Recherches et Analyses en Elevage pour la Sécurité Alimentaire au Tchad » , coordonné par l’IRED avec le CIRAD, qui vise à renforcer la santé animale, sécuriser les parcours pastoraux et améliorer la résilience des ménages transhumants face aux chocs climatiques et épizootiques.
