Des lamas au dessus des nuages : une transhumance dans la puna d’Argentine

Dans la Puna d’Argentine, l’élevage de lamas est une activité emblématique menacée par le changement climatique et l’exode rural. Quelques éleveurs continuent d’élever ces animaux de manière traditionnelle à travers la rotación : micro-tranhumances de montagne.

À chaque saison, ces éleveurs changent leurs troupeaux de cabanes pastorales (puestos) afin d’accéder à des pâturages oasiens (vegas) le long des résurgences drainées à travers des vallées arides. Cette forme de transhumance compte parmi les plus méconnues au monde.

Direction Antofagasta de la Sierra (Catamarca, Argentine) à la rencontre de Don Pascual.   

Interview de Don Pascual

Don Pascal, une vie avec les lamas

Don Pascual est éleveur de lamas depuis 40 ans. Il a hérité de l’exploitation agricole de son père et l’a développé petit à petit en achetant des cabanes pastorales dans la montagne.

« C’est l’histoire de ma famille, un savoir transmis de génération en génération. Je continue pour préserver cette activité et laisser un héritage à mes enfants. »

Don Pascual vit avec sa femme et ses trois enfants entre le village d’Antofagasta de la Sierra et son exploitation agricole à une dizaine de kilomètre. Il conduit cet élevage de lamas et de moutons en plus de son métier d’ébéniste. Son fils Pédro l’aide chaque jour malgré un emploi du temps chargé entre son emploi dans une compagnie minière et ses activités liées au tourisme.

La rotación des lamas : un voyage à travers un réseau de cabanes

Don Pascual continue de pratiquer la rotación avec son berger Juna Gabriel, recruté depuis deux ans. Cette mobilité pastorale consiste, pour le berger, de changer de cabane pastorale (puestos) et donc d’aire de paturages (vegas). Don Pascual est propriétaire de trois cabanes réparties dans un rayon de dix kilomètres. Il peut déplacer son troupeau en fonction de la qualité des paturages.

Cette forme de transhumance est progressivement délaissée face aux nombreuses difficultés économiques, sociales et climatiques :

« Beaucoup partent en ville. Ici, il ne reste presque plus que les anciens pour s’occuper des lamas. Petit à petit, cette activité perd ses gardiens […] Le lama est un symbole de notre région. Si l’élevage disparaît, une partie de l’identité de la puna disparaîtra aussi. »

Améliorer l’accès aux marchés pour faire face au changement climatique

Pour Don Pascual, l’élevage de lamas en haute montagne doit être mieux connecté aux marchés. La laine est faiblement valorisée et la viande peine à atteindre les grandes villes faute d’infrastructures d’élevage adéquats. Don Pascual et d’autres éleveurs se sont constitués en coopératives pour améliorer la vente de la laine. Malgré ce travail, les coûts de production augmentent avec la raréfaction des pâturages lié à la modification des cycles de l’eau : 

« Chaque année, les zones de pâturage diminuent. Il y a moins de pluie, moins d’herbe. Avant, j’avais jusqu’à 400 lamas. Aujourd’hui, j’ai dû réduire le troupeau, sinon les coûts deviennent impossibles. Le changement climatique nous affecte énormément. Sans soutien, l’activité devient très difficile à maintenir. »

Appel aux futurs générations 

Don Pascual n’est pas un simple éleveur de lamas. Il est leader communautaire dans la commune d’Antofogasta de la Sierra pour l’association PastorAmericas. Cette initiative régionale rassemble organisations d’éleveurs, chercheurs, ONG et institutions publiques de toute l’Amérique latine pour promouvoir les systèmes pastoraux et agropastoraux. Don Pascual a passé sa vie à promouvoir sa région et son mode de vie et espère que les futures générations continueront son travail :

« Je voudrais envoyer un message à ceux qui liront ces mots : ne baissez pas les bras. Continuons. Transmettons cette activité aux jeunes, redonnons-lui sa valeur. Nous essayons encore de la préserver, comme l’ont fait nos ancêtres. Gardons-la vivante. »

(Don Pascual, 2025)

Transhumance immersive en 360°

Le film immersif en 360° a capté le déplacement des troupeaux en été (décembre 2025). Il débute au puesto principal avec Don Pascual et Juan Gabriel, introduit la tonte de la laine de lamas et conclut sur la rotacion en direction du nouveau puesto.

Diaporama photographique de la transhumance

L’Argentine, un partenaire dans le réseau GASL

Ce tournage n’aurait pas été possible sans l’organisation et l’expertise de Dr. Mariana Quiroga Mendiola de l’INTA. Chercheuse et spécialiste des systèmes pastoraux et des pâturages naturels en altitude, notamment dans le nord-ouest argentin.

Mariana est membre fondatrice du réseau international PastorAmericas, plateforme de coopération pour la valorisation des systèmes pastoraux en Amérique latine et co-préside avec le CIRAD le réseau Action Network “Restoring Value to Grasslands” du Global Agenda for Sustainable Livestock (GASL). Ce groupe international, soutenu par la FAO, travaille à mettre en valeur les fonctionnements écologiques, sociaux et économiques des prairies naturelles à l’échelle mondiale.

Le cas des éleveurs de lamas est particulièrement emblématique des profondes transformations qui affectent la durabilité des systèmes d’élevage pastoraux à travers le monde.

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