Longer les routes pour éviter les champs, les dangers des transhumances péri-urbaines au Sénégal

Le troupeau s’étire le long de la route où les poids lourds circulent à tombeau ouvert. Les bovins aux côtes saillantes marchent d’un pas lent, accompagnés de quelques ânes. Trois de ces petits équidés conduisent une charrette menée par les bergers. Ousmane porte un regard vigilant sur le troupeau, car la transhumance n’est pas sans risque. 

Interview d’Ousmane Faye, éleveur de zébus

Ousmane, Agro-pasteur du bassin arachidier

Ousmane est agro-pasteur à Bari Sine, un village sérère du bassin arachidier. Il y est né, et c’est là qu’il a appris l’élevage auprès de son père et de ses oncles. Son troupeau – un peu plus d’une centaine de têtes – n’est pas “son” troupeau : il appartient à toute la famille. Chacun a ses animaux, mais ils sont conduits ensemble, comme un seul patrimoine que l’on protège collectivement.

« Les animaux sont contraints de partir en transhumance, car nos terroirs villageois sont saturés par les champs
de cultures, le cheptel ne peut pas y rester pendant la saison des pluies. »

Chaque année, vers mars et avril, Ousmane quitte son terroir. Le troupeau, lui, est déjà parti plus tôt. Direction Tambacounda, puis plus au nord vers le Ferlo lorsque commencent les premières pluies.

Les dangers lors de la transhumance

Pour sortir du bassin arachidier, Ousmane doit faire face à plusieurs risques : les champs, la route et le vol de bétail.

« Le passage du troupeau au bord de la route nationale est également un véritable danger pour nous. Cette année, j’ai laissé mon parcours habituel à cause de l’extension des champs de culture pour éviter la divagation. »

Il tente aussi d’éviter la divagation des bêtes sur les champs. Les tensions avec les agriculteurs sont fréquentes. Les terres se réduisent, la population augmente, et la moindre intrusion peut dégénérer. À ces difficultés s’ajoute un danger plus récent : le vol de bétail, devenu fréquent et parfois violent.

La transhumance une école de la vie

Pour lui, l’élevage reste le seul refuge économique. Mais il sait que cette vie est très dure. Il espère qu’un jour, ses enfants auront d’autres choix : étudier, migrer, trouver un métier moins éprouvant. Il nous confie :

« La transhumance, c’est une école. Elle t’apprend à être patient, à t’adapter, à observer la nature. Quoi qu’il arrive, tu dois tenir bon. »

Malgré tout, Ousmane continue. Il dit que marcher avec ses animaux, respirer l’air du matin, entendre ses vaches ruminer, lui donne la force de poursuivre. Après le passage par Tambacounda, Ousmane se dirigera vers le Ferlo pour profiter des nouveaux pâturages. Il ne rentrera qu’entre novembre et décembre à son terroir d’attache après de long mois d’absence.

Suivi GPS des troupeaux : comprendre la mobilité au Sahel

Depuis plus de dix ans, les troupeaux du bassin arachidier — dont ceux de Bari Sine et Diohine — sont équipés de colliers GPS pour analyser leurs déplacements au fil des saisons.

Initiés par les projets DSCATT et CASSECS, ces suivis documentent les stratégies de mobilité, l’accès aux pâturages, les temps de marche et les zones de conflit potentiel.

Les résultats de ce suivi permet de mieux comprendre les stratégies de mobilité des éleveurs. Les données GPS révèlent des mobilités extrêmement étendues de deux mille kilomètres sur une même année. Grâce à ce suivi, le dispositif en partenariat PPZS est à même à mieux conseiller les autorités sur les aménagements nécessaires pour les éleveurs transhumants.

 

Transhumance immersive en 360°

Cette transhumance a été filmée en juillet 2025 à proximité de Tambacounda (Sénégal) juste avant le début de l’hivernage.

Diaporama photographique de la transhumance

Le dP PPZS au coeur de multiples partenariats

Le DP PPZS est un dispositif en partenariat entre le CIRAD, l’ISRA, l’UCAD et le CSE. Depuis plus de vingt ans, ce dispositif suit les transformations de l’agro-pastoralisme : disponibilité des pâturages, mobilité des troupeaux, jachères, conflits d’usage, pression foncière. Véritable laboratoire à ciel ouvert, le PPZS permet de co-construire des connaissances avec les éleveurs et d’éclairer les politiques publiques en faveur de systèmes pastoraux plus résilients.

L’initiative CGIAR Multifunctional Landscapes poursuit aujourd’hui ce travail en modélisant les comportements du bétail (repos, pâturage, mouvement) grâce à des approches innovantes, offrant de nouveaux outils pour accompagner les politiques pastorales face au changement climatique.

Le projet SLAM-B du programme PEPR FarCarbone vise à simuler des scénarios de territoire bas-carbone à l’horizon 2050. Il s’intéresse aux relations Bassin arachidier-Ferlo à travers la mobilité animale source de séquestration de carbone.

 

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