L’estive en coeur de parc national du Mercantour (France)
Une partie des 1 500 brebis du domaine du Merle, basé à Salon–de–Provence, a quitté la plaine de la Crau. Au mois de juin, dans cette zone de coussouls, la chaleur estivale ne permet plus de subvenir aux besoins alimentaires des animaux. Après 250 kilomètres de trajet en camion, les brebis atteignent le village d’Entraunes, porte d’entrée du parc national du Mercantour. Au petit matin, les dix derniers kilomètres seront parcourus à pied pour rejoindre la cabane du berger. Le troupeau est alors nourri exclusivement à partir de végétation spontanée dans une zone à fort enjeu pour la biodiversité.
Interview de Jim
Jim – Jeune berger en transhumance
Jim est un jeune berger formé au Domaine du Merle (Institut Agro Montpellier – INRAE). En formation au titre professionnel de berger-vacher transhumant, il entame sa première expérience de garde en autonomie. Il accompagne une partie des 1 500 brebis du Domaine, originaires de la plaine de la Crau. Le troupeau parcourt environ 250 km en camion, puis 10 km à pied jusqu’à l’alpage. Sur l’alpage, Jim prend peu à peu la mesure de son territoire saisonnier et de “son troupeau”. Il va passer trois mois sur l’estive à affirmer sa manière de conduire. Son chien devient son principal allié : attentif, il rassemble, oriente, contient et sécurise la progression du troupeau.
« Pour moi, c’est ma première estive et pour les brebis c’est le début des vacances »
dit-il avec un sourire, en observant les crêtes qui domineront chacun de ses pas jusqu’à la fin de la saison.
La gestion durable des estives : un savoir-faire précieux des éleveurs
Pour accompagner cette gestion, les éleveurs bénéficient de subventions, sous forme de mesures agro-environnementales et climatiques (les « MAEC ») et ils s’organisent pour gérer collectivement ces espaces.
En début de saison, Jim a été informé du plan de pâturage de l’alpage de Sanguinière. Il sait qu’il devra éviter certaines zones à des périodes données ou, à l’inverse, privilégier le pâturage de ressources particulières, à un stade de développement précis.
Les MAEC permettent d’aider les éleveurs à faire face à de nombreux changements à l’œuvre. Ceux-ci ont un fort impact sur les systèmes d’élevage agropastoraux, et demandent de concevoir de nouvelles formes d’élevage adaptées et adaptables aux aléas climatiques.
Une cabane dans le mélézin pastoral
Sur cet alpage perché à près de 2 000 mètres d’altitude, la cabane pastorale est située au cœur d’un mélézin pastoral. Ce système sylvo-pastoral alpin est géré conjointement avec le pâturage. Grâce au caractère caduc et clair du mélèze, la lumière atteint le sol et permet le développement d’une strate herbacée riche, utilisée par les troupeaux, le plus souvent en période estivale.
Le mélézin est le domaine des oiseaux forestiers — pipit des arbres, fauvettes, rougequeue à front blanc — et constitue, dans les Alpes du Sud, l’habitat privilégié de l’emblématique tétras-lyre.
Afin d’assurer la protection de ces milieux et de la biodiversité associée, le Parc national du Mercantour met en place des contrats de gestion avec les éleveurs, conciliant activités pastorales et préservation des habitats sensibles.
La présence du loup : un risque géré au quotidien
Dans cette partie du Mercantour, plusieurs meutes de loups sont installées. Les brebis sont donc rentrées chaque soir dans les parcs de nuit. Les pertes surviennent principalement en journée, mais restent relativement limitées.
« On fait attention, toujours. Mais on sait que la cohabitation fait partie du métier. »
Le loup est revenu naturellement d’Italie en 1992. Le Mercantour dénombre une centaine de loups sur son territoire. Un dispositif d’aide à la mise en place de mesures de protection est proposé aux éleveurs par les services de l’État et combine l’utilisation de chiens de protection, le regroupement des bêtes en parcs de nuit électrifiés et une présence humaine permanente.
La transhumance à pied se réinvente
La majorité des transhumances se font aujourd’hui exclusivement en camion. Dans le cas de l’estive de Sanguinière, toutefois, la route ne permet pas de déposer les animaux directement sur l’alpage. Il faut alors parcourir une dizaine de kilomètres à pied, depuis le village d’Entraunes jusqu’à la cabane, un travail qui mobilise une petite dizaine de personnes.
De nombreuses estives sont encore dans ce cas. La transhumance est cependant mieux reconnue et valorisée qu’autrefois.
Dans le sud-est et le sud-ouest de la France, quelques bergers perpétuent encore la tradition des drailles et des anciens sentiers, en réalisant des transhumances de plusieurs jours, depuis les plaines jusqu’aux montagnes. Ils bénéficient de contrats de débroussaillage en sous-bois, contribuant à la lutte contre les risques d’incendie, et sont souvent accueillis en héros lors de la traversée des villages.
Transhumance immersive en 360°
La transhumance du troupeau du Merle à l’estive de Sanguinière a été filmée début juillet 2025.
Diaporama photographique de la transhumance
Le projet PasAgroPas (PRIMA)
Le projet PAS-AGRO-PAS accompagne une quinzaine de systèmes d’élevage agropastoral pour concevoir de nouvelles formes de pastoralisme adaptées au changement climatique.
Ce projet vise à valoriser toutes les dimensions de la multifonctionnalité des agro-écosystèmes méditerranéens et à les adapter aux défis environnementaux, agro-écologiques, économiques, socioculturels et institutionnels. Il s’appuie sur une approche systémique qui favorise l’identification des contraintes affectant la viabilité des systèmes et leur mise en œuvre de stratégies adaptées.
