La transhumance d’automne en Mongolie

Entre l’automne et le début de l’hiver, les éleveurs mongoles partent en transhumance de leur camp d’été vers le camp d’hiver. Cette mobilité tente d’éviter les premières neiges afin de pouvoir atteindre la zone de refuge sans difficulté. Puljindorj Boldbaatar et sa famille élèvent des yacks et des chevaux depuis trois générations dans la région de l’Övörkhangai. Installés sur ce territoire ancestral, ils perpétuent un mode de vie profondément ancré dans la mobilité pastorale.  Ils font partir leurs yacks dans les montagnes pour se protéger des vents d’hiver. Les jeunes sont gardés près du campement, tandis que les femelles non gestantes sont laissées sur les hauteurs. Si l’élevage de yack est exigeant tant que les conditions climatiques restent favorables, il est gratifiant. 

Interview de Puljindorj Boldbaatar

Une steppe en héritage

Puljindorj Boldbaatar et sa famille élèvent une soixantaine de yacks et quelques chevaux depuis trois générations dans ces montagnes de l’Övörkhangai. Installés sur ce territoire ancestral, ils perpétuent un mode de vie profondément ancré dans la mobilité pastorale tout en s’adaptant au monde moderne.

« Depuis trois générations, ma famille vit ici. Nous élevons des yacks et des chevaux, et parfois nous accueillons des touristes de passage. Les yacks nous donnent du duvet, du lait et de la viande, que nous transformons en différents produits laitiers. »

Le tourisme s’est rapidement développé depuis la fin de l’ère soviétique. Aujourd’hui, Boldbaatar vit en partie grâce aux revenus des randonnées équestres dans le parc du Lac Khuisiin 8.

Les yacks, un élevage multifonctionnel

Animal rustique et parfaitement adapté au froid et à l’altitude, le yack fournit du lait (transformé en beurre, fromages et yaourts), de la viande, de la laine et des fibres pour l’habillement et l’artisanat, ainsi que du fumier utilisé comme combustible ou amendement. Animal de transport, il permet aussi le déplacement des biens lors des migrations saisonnières.

Par son rôle économique, alimentaire, énergétique et culturel, le yack incarne un élevage à haute valeur multifonctionnelle, essentiel à la résilience des sociétés pastorales face aux contraintes climatiques et environnementales.

En Mongolie, la population de yacks domestiqués est d’environ 1 million d’individus, faisant de ce pays l’un des plus importants foyers d’élevage de yacks au monde en dehors de la Chine.

Un pastoralisme sous pression

En Mongolie, environ 65 % des pâturages sont considérés comme dégradés. La combinaison du changement climatique — hivers plus rudes, sécheresses plus fréquentes — et de l’augmentation du nombre de têtes de bétail exerce une pression croissante sur les steppes. Pour restaurer les pâturages, Boldbaatar insiste :

« Le nomadisme est notre mode de vie. C’est ainsi que nous subvenons à nos besoins. Et tant que nous pourrons nous déplacer avec nos animaux, notre culture continuera d’exister. »

La transhumance n’est pas seulement une pratique pour s’adapter aux aléas climatiques, c’est aussi une pratique de mitigation des effets de la pâture. Traditionnellement, les éleveurs réalisaient jusqu’à quatre transhumances par an. La sédentarisation progressive entraine un surpaturage localisé.

Vers un troupeau plus petit, mais plus durable

L’objectif de Boldbaatar est clair : maintenir un troupeau plus réduit, mais plus performant.

« Si nous diminuons le nombre de bêtes, les pâturages auront le temps de se régénérer, nous aurons moins de mortalité animale et de meilleurs produits. Par contre, le prix des produits doit suivre cet engagement de qualité »

Pour lui, la clé de l’avenir réside autant dans l’organisation collective que dans la capacité des éleveurs à adapter leurs pratiques. De même, la diversité des animaux au sein du troupeau doit évoluer avec une diminution de l’influence des filières cachemières notamment sur le poids des élevages caprins au sein des ménages.

Transhumance immersive en 360°

Cette transhumance a été filmée en septembre 2025 jusqu’avant les premières neiges

Diaporama photographique de la transhumance

green gold mongolian rangeland research center

Agronomes et Vétérinaires sans frontières (AVSF) et le partenaire mongol Green Gold Mongolian Rangeland Research Center (GG-MRRC) 

AVSF joue un rôle central dans Transhumances 360° – Mongolie aux côtés de la Green Gold Mongolian Rangelands Research Center (GGMRRC), son partenaire scientifique de référence pour la gestion durable des parcours. Ensemble, ils accompagnent depuis de nombreuses années les éleveurs nomades d’Övörkhangai afin de renforcer la résilience des systèmes pastoraux face à la dégradation des pâturages et au changement climatique.

Leur action combine appui aux associations d’éleveurs, concertation territoriale sur l’usage des parcours et diversification des revenus issus de l’élevage (viande, lait, fibre de yack, artisanat, tourisme), notamment à travers des programmes dédiés (WIFI, GOATS, PLEDGE, StepEcolab 2).

Cette approche est prolongée par le projet Nomads For Life, financé par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial et mis en œuvre par AVSF avec le CIRAD, qui soutient des territoires pilotes pour co-construire des plans d’action entre éleveurs, autorités locales et gestionnaires des ressources naturelles, tout en consolidant la diversification économique des familles nomades.

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